Mona Lisa Afrique
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Courriers des Médecins
TÉMOIGNAGE DU DR KEROUEDAN
Gynécologue et Vice-présidente de l'Association DIAGALA-MALI
HRA Pharma - Comment est née l'association DIAGALA-MALI et dans quel but ? Dr Kerouedan : L'association est née en 2001 de la volonté de notre président Ladji Dembélé, originaire du village de Diagala dans la province du Gangaran au Mali. Le Dr Dembélé souhaitait doter la région d'une structure sanitaire puisqu'il n'en existait aucune dans cette région par ailleurs assez isolée puisque enclavée entre deux bras de fleuve. Cette situation rend quasi impossible l'accès à l'hôpital de Kita pendant la saison des pluies, la grande ville la plus proche étant située à 70 kms. Depuis, un dispensaire a vu le jour près de Diagala, soutenu par l'association en ce qui concerne le matériel et les médicaments et sous la tutelle du gouvernement Malien. De plus, l'association a construit une maternité dont le fonctionnement a été confié à une sage-femme malienne aidée de 3 matrones.
HRA Pharma - Menez-vous des actions dans d'autres pays africains ou dans d'autres régions du monde ?
Dr Kerouedan : L'association se concentre uniquement sur la région du Gangaran au Mali qui compte à peu près 100.000 habitants.
HRA Pharma - Le Laboratoire HRA a fait un don de 100 stérilets à votre association en janvier 2008 dans le cadre du programme Mona Lisa Afrique. Comment avez-vous pris connaissance de ce programme et qu'en pensez-vous ?
Dr Kerouedan : J'ai pris connaissance de ce programme par l'intermédiaire d'une visiteuse médicale et j'ai bien sûr tout de suite adhéré à l'idée, d'autant plus que j'avais commencé les années précédentes une campagne de sensibilisation à la contraception dans le village de Diagala et les villages alentour. Le fait qu'un laboratoire pharmaceutique français souhaite aider les femmes africaines en mettant des stérilets gratuitement à disposition m'a réconciliée avec l'Industrie Pharmaceutique qui –trop souvent – délaisse les pays africains.
HRA Pharma - Quelles actions avez-vous effectuées avec ces stérilets ? Et quelles perspectives envisagez-vous ?
Dr Kerouedan : Les femmes de Diagala et des villages environnants connaissaient déjà ce moyen de contraception. J'ai d'abord contacté la chef des femmes du village pour l'informer de cette possibilité de se faire poser un stérilet. Cette information a donc été relayée au cours d'une réunion qu'elle a organisée... et qui s'est terminé par des chants et des danses. Ensuite j'ai appris à la sage-femme de la maternité à poser les DIU dans les meilleures conditions de stérilité possibles et j'ai contacté l'infirmier et la matrone du dispensaire pour également les former sur la pose du stérilet. De plus une autre sage-femme travaillant à Kita et de passage dans notre village a aussi bénéficié de cette formation.
HRA Pharma - Au niveau local, comment l'usage des stérilets est-il perçu ? Les patientes acceptent-elles ce mode de contraception ?
Dr Kerouedan : Le stérilet avait déjà les années précédentes reçu les suffrages des femmes qui apprécient la simplicité et surtout le côté réversible de ce moyen de contraception. Surtout et contrairement aux injections intra musculaires de progestérone, ce moyen leur permet de garder des règles ce qui est très important dans cette région du Mali. En effet les femmes qui n'ont plus leurs règles sans toutefois être enceintes peuvent risquer de se faire répudier par leur mari. De plus les injections de progestérone doivent se faire tous les 3 mois ce qui n'est pas facile à réaliser chez les femmes qui habitent loin du dispensaire. Avec un stérilet, elles peuvent repartir dans leur village et sont tranquilles pour 4 ans. Les quelques retraits que j'ai dû effectuer- hors désir de grossesse- l'ont été parce que les maris se plaignaient du fil. Aucune femme ne s'est plainte de douleurs ou saignements abondants.
HRA Pharma - La collaboration entre l'association DIAGALA-MALI et le laboratoire HRA Pharma est ponctuelle. Souhaitez-vous que le programme Mona Lisa Afrique se développe avec les autorités locales du Mali ? Et pour quelles raisons ?
Dr Kerouedan : Je pense qu'il serait souhaitable que ce programme puisse se développer dans d'autres régions du Mali. Toutefois, il faut que l'enseignement soit précis et très rigoureux et surtout il faut insister sur de bonnes conditions d'hygiène. Personnellement je fais poser les DIU sous couverture antibiotique compte tenu du nombre très important de MST, même dans les régions reculées du Mali.
HRA Pharma : Avez-vous parlé de ce programme à votre entourage par exemple à d'autres médecins ?
Dr Kerouedan : Oui, j'en parle à chaque fois que j'en ai l'occasion et surtout lorsque je me trouve en présence de confrères gynécologues comme au cours de repas de labo, EPU ou congrès. Les réactions de mes confrères sont toujours très positives.