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Courriers des Médecins
TÉMOIGNAGE DU DR BRAUD
Gynécologue et Trésorière de l'Association ASAM (Aide à la Santé au Mali)
Je me présente : je suis le Dr Joëlle BRAUD, gynécologue à Pau depuis 1980.
Quand mes deux filles ont pris leur envol, j'ai eu plus de temps libre. Depuis longtemps, j'espérai pouvoir me rendre utile différemment. L'occasion s'est présentée, quand un de mes amis qui travaille au Mali, dans une agence de voyage, souvent confronté à la misère, et sollicité pour des problèmes médicaux, est venu me voir. Nous avons ainsi fondé ASAM, Aide à la Santé Au Mali, dont je suis trésorière.
Les actions d'ASAM
Avec l'association "Espoir pour un enfant", nous avons pu faire opérer Yadiéma, atteinte de la maladie de Blount.
Par la suite, comme ses jambes ne lui permettaient pas de grimper dans les rochers de la falaise du pays Dogon, nous avons assuré un soutien scolaire (elle avait pris beaucoup de retard) afin qu'elle puisse un jour travailler dans un bureau.
Puis il y a eu Ibrahim, atteint d'un mal de Pott. Le diagnostic a tardé à venir, les soins prodigués en retard... Il a été transféré, ainsi que toute sa famille, à Gossi, dans le dispensaire de brousse de Soeur Anne-Marie Salomon, médecin, qui fait un travail prodigieux.
Ibrahim a été transféré chez le Dr Salomon. Il y est toujours aujourd'hui. Il ne marche pas, mais sait bien mener son entourage.
En 2004 à Sévi, une grande sècheresse, suivie par une invasion de criquets. La famine touchait plusieurs villages. Dans l'urgence, et devant les besoins, nous avons effectué une distribution de mil dans les villages les plus touchés.

Deux ans après je suis allée au village. Une femme m'a dit : "si tu n'avais pas donné du mil à nos enfants, aujourd'hui ils mangeraient du sable !"
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| Soins apportés à une petite fille albinos, brûlée par le soleil. | Et une autre blessée au pied. | Et voici Seo, dont la maman est décédée à la naissance, qu'Asam nourrit et habille. |
Les enfants ont une grande importance dans le pays Dogon : il est mieux d'avoir beaucoup d'enfants pour cultiver la terre quand les parents seront vieux.
La considération dont les vieux sont entourés est directement liée au nombre de leurs enfants. Donc, parler de contraception est une chose difficile, d'autant qu'il y a une mortalité infantile encore élevée.
Les mères travaillent sans cesse, pilant le mil, cherchant du bois (de plus en plus rare) de l'eau (de plus en plus loin)... Elles savent que des grossesses trop rapprochées, qui sont plus fréquentes de nos jours, mettent en jeu la vie de l'enfant précédent, trop vite sevré. Autrefois, elles restaient chez la "belle mère" tout le temps de l'allaitement. Aujourd'hui, avec l'avancée de l'Islam, elles retrouvent leur mari au bout de 40 jours.
Beaucoup de femmes ne veulent pas entendre parler de contraception : peur de stérilité définitive...
Quelques-unes sont timidement à l'écoute... pourquoi pas, quand elles ont déjà 6 à 8 enfants...
Certaines ont déjà essayé, pour espacer un peu les grossesses.
A Sangha, la population est pauvre, le seul moyen de contraception est l'injection de medroxyprogestérone en injection retard.
Lors de mes deux derniers séjours là-bas, j'avais commencé à sensibiliser aux méthodes contraceptives quelques femmes, les deux matrones de la maternité, le personnel infirmier, et bien sûr le médecin de l'hôpital de Sangha, mais celui-ci exerce seul, et il a déjà beaucoup à faire...
Quand la représentante médicale du laboratoire HRA pharma m'a exposé le projet Mona Lisa, j'ai aussitôt adhéré, et j'ai obtenu du laboratoire dix stérilets.
J'en avais moi-même quelques-uns en stock, et lors de mon dernier séjour dans le pays Dogon, j'ai commencé à former à la pratique de cette méthode contraceptive les personnes de l'hôpital : le médecin, les deux matrones, l'infirmier et quatre "élèves infirmiers".
Nous avons, après un cour théorique, manipulé les DIU (périmés) sur des utérus en plastic, puis placé in vivo 4 stérilets, sur des femmes sélectionnées et consentantes.
Dans quelques mois, le médecin de Sangha doit venir à Pau faire un stage de perfectionnement en chirurgie.
Je ne manquerais pas de lui demander où en est notre essai de contraception par stérilet, et nous déciderons alors de la suite à donner à cette action.
Il n'est pas prévu, pour l'instant, pour des raisons personnelles que je revienne au Mali en 2009, mais plutôt en 2010.
